SINGAPORE

 

 

Singapour. J’arrive ici après un mois passé à Hong Kong. Avec toujours cette satisfaction de venir d’ailleurs et de partir ensuite pour ailleurs. L’accueil à Singapour est rigide. "Les trafiquants de drogue sont punis de mort" écrit en grosses lettres au dessus de la multitude d’agents de douanes d’immigration et de contrôle m'accueille!

Enfin bon, somme toute, j’arrive dans mon nouvel appartement, immense, climatisé avec tout le confort moderne comme auraient dit les publicitaires d’après deuxième guerre mondiale… Une piscine même, immense et extérieure au 5ème étage de l’immeuble… Au dessous? Et bien une grande surface! J’aurai pu ne pas sortir dans la rue. J’aime bien le soir ici, quand une fois la piscine fermée j’y retournai. L’eau très bonne, pas froid après. Et les étoiles aussi. Un moment, une heure ou deux passées justement à réfléchir sur les étoiles et à écouter de la musique. Il ne fait toujours pas froid, deuxième degré. Dans mon appartement j’écoute aussi de la musique. Je n’ai jamais vu un aussi grand lit (sauf au cours de mes randonnées dans la nature où une forêt entière pouvait constituer mon lit d’une nuit). J’ai un de mes placards tellement grand qu’il pourrait être transformé en appartement studio à paris. A l’extérieur, un parc arboré, objet d’un chapitre, sorte de poumon vert dans la ville avec plein de moustiques que j’aime bien. Le soir, je reste enfermé ne supportant pas le monde aviné au dehors. C’est peut-être que je les repère vite, mais les gens remplis de bière m’effraient vraiment.

La visite de Singapour m’a moins plu que celle de Hong Kong. Les immeubles sont moins impressionnants sauf un qui me semblait tellement irréel. Un mois ici, je suis là pour le festival. Je vois donc d’autres spectacles, occidentaux pour la plupart. J’ai vu un pièce de théâtre locale, très estimée, heureusement sous-titrée en anglais, mais dont l’humour menant aux fous rires du public m’était inconnu… La salle de spectacle, la principale de la ville, est en forme de durian.

(le Durio zibethinus est un fruit délicieux je dois dire, mais qui pue franchement… Ce fruit est même interdit dans le métro! Je me souviens de ma première expérience avec un durian: j’achète souvent des aliments d’origine végétale sans trop savoir ce que c’est, si c’est un fruit, si ça se cuit… Et là, à Hong Kong, à l’extrémité d’une allée d’épicerie, un énorme végétal, j’en avais connu la dénomination que plus tard, de la taille d’une petite tête humaine, histoire de ne pas dire de la taille d’un ballon de rugby, détestant les jeux de ballon, hérissée de piquants, lourd à tel point qu’il est difficile de le tenir d’une main, à cause du poids et des piquants. J’ai embarqué ce végétal chez moi, et après une bataille d’une heure je suis arrivé à le couper en deux ! Après différents essais gustatifs j’en étais venu à la conclusion suivante: la peau non mangeable, la chaire infecte, il fallait se rabattre vers les trois ou quatre fèves à l’intérieur… L’odeur, du vomis, le goût, un doux parfum, mais il est vrai qu’il faut passer le cap… Ensuite deux sacs plastiques de déchets, les piquants de la peau et la chaire. J’ai déposé ces sacs malodorants dans le couloir promptement! Ils furent débarrassés du couloir en un clin d'oeil et deux jours après l’immense couloir du vingt quatrième étage de mon hôtel puait encore le vomis. Mais quel délice cependant. On les respire à mille mètres à la ronde.)

Dans cette salle de spectacle, les Singapouriens sont hilares, moi je ne comprenais pas cet humour, même traduit. Partant de là, j’avais envie de faire autre chose: manger, boire ? Et puis il faisait incroyablement non pas frais mais froid dans cette salle, à l’extérieur 35°c et humide, à l’intérieur probablement plus mais paraissant 15°c. Heureusement j’avais prévu les vêtements chauds pour la soirée ! Dans les pays chauds et les endroits chics, prévoyez une bonne petite laine. J’ai compris ce soir là où se cachaient les citoyens : sous terre, ils se terraient donc… Et ils se déplacent d’immeuble en immeuble (en fait de pâté d’immeubles en pâté d’immeubles) au moyen de couloirs frigorifiques où il est interdit de faire plein de trucs, comme suggéré froidement de partout. Dans chaque bloc d’immeubles, une grande surface commerçante et de temps en temps une station de métro au sein duquel il est également interdit de faire plein de choses. Sous la surface il fait froid dans le dos. Au niveau du sol maintenant, il y a des bus (au dos de certains camions vous avez un numéro de téléphone à composer si le véhicule en question montre un comportement contraire à la loi), des taxis, des vélos, des piétons. Il fait chaud. J’aime bien ça, avec un peu comme but de ne pas être à poil mais avec pantalon et chemise, et aussi de ne pas transpirer. Dans les pays chauds, je respire le plus lentement possible comme ça je ne transpire pas. Ça passe plus vite, comme dans un épisode où l’on sait que c’est bientôt terminé. Tu transpires, t’es mort. Car il faudra bien en passer par un ascenseur, un magasin ou un couloir frigorifié! Glacialement vôtre. Singapour, c’est là que vous avez le droit et pas l’interdiction d’acheter, il faut acheter, achetez caméscopes, disques durs d’ordinateurs, appareils photographiques, matériels informatique… Mais achetez! J’ai visité une grande surface informatique (et acheté aussi), dix étages! Et à chaque étage sa spécialité: un étage à ses disques compacts, dvd vierges et compagnie, un étage pour les disques durs, un étage pour les imprimantes, un étage pour les télévisions, un étage pour les cartouches d’encre, un étage pour les accessoires, un étage pour les logiciels, un étage pour les ordinateurs portables, un étages pour les lecteurs de dvd chaîne hi fi et compagnie… Avec une cour centrale qui permet d’avoir une bonne idée de cette fourmilière technologique. Le tout dans un brouhaha sonore hallucinant et une sono tonitruant le dernier tube asiatique international. J’en suis sortit retourné. Je ne retournerai pas là-bas même si tout est fait pour que j’oublie d’acheter quelque chose……….

Boules quiès. En ce moment j’ai un certain affect avec les boules quiès. Quand je n’écoute pas de la musique isolationniste, je place mes boules quiès. Et les gens qui me parlent alors? Oh, avec tous les gestes faits par les mains, j’arrive à les comprendre. Le plus difficile pour moi est d’imaginer ce que sort de ma bouche comme son. Est-ce intelligible ou inintelligible? Et le mieux dans tout ça est de marcher en fermant les yeux. Là, et comme cela je suis dans l’espace et je n’ai plus besoin d’être ici! La preuve en est que je m’entends respirer. Dawn of man (référence au film 2001 de kubrick), où en es tu?

Je reviens au parc que j’observe de nouveau depuis le balcon, de grands arbres sur un terrain vallonné... Bon d’accord, il n’y aurait pas autre chose que les racines et les troncs, feuilles, fleurs et autres? J’ai pris le parti pris d’éviter les humains. Et ce n’est pas pour rien tout de même… Je fais peut-être un parallèle audacieux entre affirmant être bien à l’étranger ne comprenant pas le discours des gens à cause du langage. Et entre être au loin et à photographier, enfin j’essaie de communiquer par ce média, avec les plantes, le minéral, les objets, les modes; par l'observation; la photographie m'ayant apporté une certaine acuité observationnelle. Je suis trop éloigné d’une plante peut-être, et je ne perçois d’elle et des autres objets précités que ce que mes conventions m'autorisent, m'informent et décodent, mais j’essaie de pousser un peu plus loin. Je ne comprends pas un langage, je ne comprends pas un règne non plus. Compliqué à expliquer mais j'aime bien l'idée de bousculer les habitudes, alors pourquoi rester avec les humains si ce n'est par...

Singapour, et bien que dire ? Singapour est un océan de richesse, paradoxalement (enfin c’est discutable) tout petit ! C’est une île état, entourée par la Malaisie au nord et l’Indonésie au sud. La Malaisie et l’Indonésie sont moins riches, beaucoup moins riches, beaucoup plus peuplés. Avec un passeport d'occidental, on entre et sort je pense plus facilement de Singapour. Singapour, ancienne colonie anglaise.

C'est ainsi que je suis allé dans la toute proche Indonésie, dans l'île de Batam Island!

Ooooh! Mais où suis-je donc? Mais c’est le bordel ici! Les chauffeurs de taxi qui vous hèlent, certains ayant même pour véhicule une mobylette. Minimum trois, mode califourchonne. Je suis extrêmement près et loin de Singapour. Je marche le long d’une route défoncée où se trouve franchement un petit sentier pour les gens qui ne possèdent pas de véhicules mécanique. A chacun de mes pas je scande dans ma tête « je suis bourré de fric, je suis bourré de fric ». Ha oui ! J’avais oublié, pour que je sois riche (j’ai certainement moins de biens et d’argent que vous, lecteur), il faut bien que j’exploite des pauvres hein… J’ai cet état d’exploiteur sans me rendre compte, juste en étant un citoyen lambda en france… Et puis les voilà trop chers pour qu’ils me fabriquent mes vêtements… Oh, les salauds, virés! Tous virés, allez pêcher vos poissons pour vivre, de toute façon il n’y en a plus, on a tout pollué, on a rien laissé. J’irai faire coudre mes jeans en Chine, là-bas c’est moins de 1 euro le prix de reviens… (Tout ça est au second degré hein ! Mais il n’empêche). Mais juste pour dire l’irrespect ACIDE exploitant exploité.

Après un repas dans une échoppe en compagnie de gens très gentils et bons, je prends un taxi. Dans ce taxi, je file vers un endroit fait pour moi (…): un village de vacances. Un « resort » en anglais. Par la fenêtre je regarde comme devant une télévision (je ne veux pas de télévision chez moi, du reste je n’ai pas de chez moi, mais je suis une sorte de sans domicile fixe puisque par mon travail, je suis souvent en voyage, et donc plus de logement, mais je blâme les téléviseurs que je rencontre: « au placard maintenant ») le paysage défilant au dehors des hublots de la voiture. Et je pense: Je ne me sens pas à ma place, je vois un paysage, visage, qui me semble abstrait, avec un certain mystère semblable aux questions que l'on se pose lorsque l'on rêve devant les gouttes d'eau de pluie cherchant leur chemin à la surface d'une vitre. Nous sommes subitement arrêtés par le chaos. Ha oui, le chaos? Sémantiquement voisin de son homophone cahot, d'où contamination. On entend le grincement des roues, le bruit de clapotis des comportes pleines de fruits, qui sursautent au chaos du chemin. Mais que vient-il faire ici sur mon chemin ? Et certains de mes congénères d’utiliser de petites pièces pour argent à reboucher avec des pierres les trous sur la route qui y va tout droit. Belle débrouille.

J’ai croisé une mobylette avec mille et un bidons colorés sur le porte bagage, et aussi une famille entière sur une mobylette. Un tout petit devant l’homme qui conduit (et oui comme de partout, sale macho va !) et entre la femme et le chef (le programme qui conduit) de charmants marsupiaux d’humains et que sais-je ou que n’ai-je pas vu derrière le dos de Madame ? Où vont ils comme cela en famille ? En vacances ? (Heu, non, je ne le crois pas un instant), en fait je ne le sais pas, mais le plus terrible serait qu’ils fassent route vers la ville visiter la première grande surface qui vient d’ouvrir ses portes. Venez, venez, venez, venez.

Enfin nous arrivons au centre de vacances où il n’y a personne, une grande structure comme celle là sans Singapouriens ? Ils travaillent en ce moment me dit-on. Fouille du véhicule avec un miroir à l'entrée par les autoritées qui cherchent les bombes. Alors je me repose là. Le chauffeur de taxi était gentil. Il n’avait pas accentué la grande honte que j’avais à l’aide d’un regard que j’aurai pu immédiatement ressentir.

Je suis allé me cacher vers les palmiers du bord de plage et j’ai observé de ma hauteur de belles fourmies bien grosses, mais pas grasses pour un sou. Je suis resté quelques heures à observer le tout petit monde, celui que l’on voit mieux avec une loupe, néanmoins composé de milliards de molécules, et riche de vie. La vie qui, si on en avait la définition exacte, nous ferait blêmir.

Je dois être paranoïaque ou quelque chose comme ça car j’ai attendu longtemps pour être certain de ma solitude, puis j’ai commencé à sortir de mon trou ou peut-être plutôt de ma boucle de moëbius dans laquelle j’étais perdu. Je suis allé me tremper dans un autre fluide que celui de l’air: l’eau. L’eau était plus chaude que l’air. Et je ne suis pas vraiment parvenu à en sortir, car à chaque tentative, le froid me rejetait. C’était la première fois que j’étais vraiment trop, trop, trop bien au cours d’une baignade. Les trous de mon nez maintenus juste au-dessus de la surface de l’eau, j’observe l’horizon et je vois en vrac : de gros nuages d’orages, de gros navires, l’absence de preuve de la présence de requins et puisque je suis loin de chez moi, d’ajouter, de pirates. Seulement un tout petit poisson qui me picore une jambe. A l’aide d’un demi-tour aquatique, donc légèrement sirupeux, je vois la plage. Je n’ai pas de serviette pour me sécher, la moiteur à l’horizon de ce soir devait me tenir. Puis il est temps, je ne sais pas ce qui ni quoi m’a décidé, de sortir de l’eau.

L’eau était plus chaude que le fond de l’air.

Une curieuse sensation m’envahit, j’ai envie de me rouler sur le sol, m’enduisant de sable pour non pas me morfondre mais me fondre avec Gaïa, histoire de commencer à perdre mon statut, collant à la peau, de parasite. Et qu’en a dit mon cerveau?
J’ai peur.danger.menace.survivre ; mais à quoi ! J’ai trompé mes doutes à boire une bière sur une terrasse, dégustant sans aucun plaisir mon échec à essayer d’être heureux. Mais je suis désolé, toi, moi-même, mais là, je n’ai pas trop le temps tu sais… Les moustiques en firent leur affaire, sans passion. Enfin je ne le crois pas. Après tout, j’aurai pu rester là-bas, une nuit, deux nuit avec les jours adjacents comme compagnie, mais non. C’est comme de comprendre, c’est fatigant. J’ai préféré prendre un taxi. Jusqu’à la spatio gare maritime. La route jusqu’à cet endroit était noire, seules les petites lumières de contrôle du véhicule me racontaient des histoires rassurantes d’une organisation qui refusait son état. De villages en villages traversés je sors de moi et j’observe le défilé des petits feux derrières les arbres: pas d’éclairage public, juste des lampes à pétrole, avec de temps en temps de la musique forte : un village où j’aurai aimé m’arrêter, un village comme une fête. Mais qu’étais-ce donc. Et aussi à quoi pensent-ils donc? Arrivé à la gare, j’ai quatre vingt dix minutes d’avance sur l’heure programmée du départ. Je visite la nouvelle grande surface, peut-être pour rencontrer la famille sur mobylette? Entre la gare et cette surface grande où des spots éclairent les choses à acheter, il y a un peu de chemin franchit à l’aide de la marche à pied. Très peu de lampadaires. Encore une fois, on a un peu l’impression de s’approcher d’un temple. Je plonge dans un état onirique. Vite fait, brusquement fait en fait, je rentre dans le temple, temple bien évidement de la consommation, oh non, pas comme en France ou du même genre, mais en plus petit, avec moins d’argent en somme, un petit temple qui se veut gros, histoire de commencer à recruter des fidèles, nombreux ce soir la? Je ne le sais pas, c’est la première fois que je viens, mais plus nombreux d’une personne, tout cela va bien vite. Ce soir, mon sac à dos acheté à paris et fabriqué au Viet­nam transportera des fruits et légumes d’Indonésie vers Singapour par voie maritime sans payer de frais de douane. Le riche passager au long nez passera la douane aisément. Payant aussi une taxe de trente dollars pour un visa de dix jours. Et arrivé à Singapour, j’entrepris une marche dans les souterrains glacés, chirurgicalement éclairés et c’est à l’aide de jetons ronds à la sève de Gaïa que j’échange un morceau de papier rectangulaire à base d’arbre déraciné me permettant de me faire avaler par une chenille mécanique refroidie par de l’énergie de Gaïa, pour arriver enfin au cube de là où mon être organisé de tant de molécules évolue quand il s’ennuie. On dit appartement. Pendant que je fabrique de l’énergie pour maintenir en l’état mon édifice moléculaire, mon corps, un repas on dit, je voyage légèrement dans le temps à l’aide de « photographies » prises au cours de l’après-midi. Etais-je vraiment là bas en fait ? On peut dire que j’y mettrai ma main à couper mais uniquement doutant franchement de réalité. Je me souviens ma baignade dans l’eau chaude à la petite plage du centre de vacances. Je prends maintenant la chenille métallique verticale climatisée pour me rendre au cinquième niveau d’une sorte de bloc. Ici se trouve une immense terrasse avec beaucoup de fluide eau. Je me baigne de nouveau. J’en sors, elle nécessite trop d’énergie pour être en son sein. Sur une paillasse, je sèche, je m’évapore, et mon esprit aussi, vers les étoiles, trop lointaines.